Chapitre 4 : Révélation
« - Si...si maman était bien dans celui-ci...»
Curieusement, je ne réagissait pas. Je restait là, toujours derrière cette « porte », contre le torse d'Orlando, ma soeur se tenant au dessus de moi, son menton sur mon crâne, le souffle chaud et épuisé. Je ne savais pas quoi répondre. Elle, ma soeur, nous aurait amenées ici pour voir notre...mère ? Et pourquoi ici ? Pourquoi était-elle dans cet endroit rempli de chaleur négatives et souffrantes ? Serions nous chez...« lui » ?
Je n'arrivais plus à sortir de mes pensées. Les questions bourdonnant dans ma tête m'empêchaient de rester consciente. J'avais la tête qui tourne, les mains qui tremblent, et les yeux qui me piquaient. Avec tout ce qui venait de m'arriver, ma fuite, les mystérieux mots « plage », « liberté », « vue » qui m'étaient inconnus, prononcés par ma soeur devant un endroit très étrange, l'arrivée dans cet endroit horrible, Orlando,...et j'allais retrouver ma...ma mère. Serais-je encore en état de continuer à me battre pour vivre mieux ? J'avais besoin de repos. De repos, mais aussi de soutient et d'explications. J'était perdue.
Ma soeur me prit soudainement la main, la serra entre les siennes.
« - Je...je suis vraiment désolée, Amandine...Pardonne-moi de te faire subir tout cela...gémit-elle. Mais crois-moi, c'est pour ton bien ! »
Enfaite, je ne savais pas vraiment comment le prendre. C'est vrai que c'était pour mon bien, elle ne voulait que ça. Mais pourquoi choisissait-elle toujours ces méthodes horribles ? Je ne suis qu'une humaine...
« - Tu voulais seulement...m'aider. Lui répondis-je, contrariée.
- Oui. Mais promet-moi de ne jamais perdre espoir...et aussi, de ne jamais te séparer de moi. Quoi qu'il arrive, nous devons rester ensemble.
- Tu m'as déjà abandonnée une fois...objectais-je. Si Orlando n'aurait pas été là, où serais-je moi ? »
D'ailleurs, celui-ci était toujours présent, mais avait maintenant enveloppé ses mains autour de ma taille, comme pour me protéger de quelque chose. Il ne se manifestait toujours pas
Ce n'est qu'après avoir dit cette phrase, que je me rendis compte que c'était la vérité. Si il n'aurait pas été là, j'aurais sûrement couru n'importe où, et me serait fait arrétée ! Ou bien...ils...ils auraient même pu me retrouver. Je commençais à avoir de sacrés doutes, sur la fiabilité de ma soeur. Celle-ci se débatit :
« - Ne dis pas cela ! Je ne t'ai jamais abandonée ! J'ai juste...eu besoin de temps pour vérifier, et reprendre confiance, c'est tout. L'idée de ne faire les choses qu'à moitié dans cette escapade, notre escapade, ne m'était même pas venue à l'esprit. Tu sais quoi, je vais te raconter quelque chose. Peut-être que cela te fera réfléchir. Je ne veux pas que tu me vois comme une traîtresse, tu comprends? Je veux que tu prennes plus confiance en sachant ce...ce que j'ai vécu.
- Je t'écoute...murmurais-je.
- Tu sais, avant, j'étais presque comme toi. Je passais mes journées dans une pièce, très sombre, sans fenêtre, avec un lit, et un piano. Toute la journée, je jouait et aprennais les partitions qu'il me donnait. Je n'avais pas le choix. Le soir, comme toi, il venait, puis il s'occupait de mon corps. Je n'avais pas le droit d'en parler, et pas le droit de le repousser dans ce qu'il fesait. J'en ai beaucoup souffert, moi aussi. Ce n'étais pas exactement comme toi...A vrai dire, j'avais le droit de sortir. Mais uniquement où il voulait. La plupart des endroits étaient remplis de femmes et d'hommes malsains et pas clairs. Ils me fesaient tous très peur. Mais j'avait l'habitude d'aller dans ces endroits-là, et d'ailleurs, comme nous y allions souvent avec ses amis, je m'en était fait une aussi. Elle s'apellait Cindy, et elle avait vécu aussi la même histoire que nous. Nous étions les seules personnes pour se comprendre, et les seules à qui on pouvait parler de notre histoire commune, et de s'aider. Elle est morte il n'y a pas longtemps, car elle avait voulu s'enfuir de sa prison, par une porte mal fermée. A peine eut-elle le temps de franchir le seuil de sa pièce, elle entra dans la cuisine et son « maître », était malheureusement là. Elle s'arrêta net et essaya de négocier, mais « il » n'a pa hésité à appuyer sur la détente de son pistolet, répandant la cervelle de cette pauvre fille sur la moquette. Je l'avais appris par mon « maître », en signe d'avertissement, au cas où il m'arriverait de m'enfuir. J'ai beaucoup souffert de la mort de Cindy. Je n'avais plus personne à qui parler, à qui me confier. J'étais seule dans cet enfer. Quelques années plus tard, j'appris que celui qui me gardait prisonnière ben...c'était...mon père. »
Elle s'arrêta un moment et je l'entendit renifler, comme si elle pleurait. Sa voix se tordit, puis en reprenant, elle parlait avec une voix de dégoût, de regrets...
« - Il m'a dit que quand maman, notre mère, avait accouché, il ne voulait pas d'enfants...Il l'avait menacé de ne jamais lui pardonner si elle ne renonçait pas ! Et malheureusement, maman était tétûe. Elle a accouché et m'a élevée, seule, pendant 4 ans. Tout allait bien, car il ne l'avait jamais recontactée, mise à part deux où trois fois pour simplement lui demander des nouvelles de moi. Quel hypocrite...Puis le jour de mes 5 ans, il était venu à mon anniversaire, sous prétexte qu'il voulait tout pardonner, et fêter cela le jour de mes 5 ans, avec un cadeau qu'il m'avait apporté. Il me rapella exactement ses paroles à ma mère: « Jeanne, ma femme, l'amour de ma vie, vient près de moi que je t'embrasse ! » et à ce moment-là...Il l'attrapa par la nuque, la brisant d'un coup sec, obligeant ma mère à porter ses mains à son coup, et de s'écrouler sur une chaise. Il m'attrapa aussitôt, m'empêchant toute manifestation, et mon enfer commença à partir cet âge-là, alors que je nageais en plein dans l'enfance...Ma vie tourna au cauchemar à partir de ce jour-là...»
J'étais prétrifiée. Je ne savais que dire tellement la haine et l'horreur m'étouffaient. Quelque chose monta en moi, traversant mes boyaux, mes poumons, mon coup, n'exigeant qu'à sortir pour éclater, mais je n'arrivais pas à ouvrir la bouche, et cette onde coincée à l'interieur de moi, déchira mes organes, me donnant du mal à garder mon calme. Elle avait vécu quelque chose d'horrible, pire que moi. Elle était pourtant si innocente...Ce qu'elle avait subit était vraiment plus fort que moi. Elle a assisté à la séparation avec sa mère et à la trahison de son père, elle a vécu l'enfer que je vivait chaque jour, une fille à qui elle s'était attachée est morte, renforçant son malheur, et son...son père avait eu le culot de lui raconter cette histoire...Ce qui me choquait de plus, c'était qu'elle ne pleurait pas, enfin du moins, je ne sentais et n'entendait pas de pleurs. Elle était forte, et aujourd'hui, la haine la surpassait, la forçant à en finir avec tout cela. Et à m'y engager avec elle...Je compris alors qu'elle n'avait que besoin de prendre ses précotions pour ne pas échouer, car, nous n'aurions pas de deuxième chance. Elle m'avait prouvé combien ils étaient dangereux, et que la moindre erreur serait fatale.
Elle s'était arrêtée un instant, puis elle reprit :
« - Je sais que tu me comprend, Amandine...Alors s'il te plaît, maintenant, fait un effort, je t'en prie ! »
Je ne pouvait toujours pas bouger. Ni ouvrir la bouche, ni lui faire un signe n'aurait été possible dans mon état. J'étais encore fragile pour endurer tout ce qui se passe en ce moment. Mais malgré tout, elle, ma soeur, elle avait réussi, et a même eu la force d'enfreindre le « réglement ». Je lui devait respect, et ordre. Ce fût donc avec une douleur atroce et d'un tremblemant instable que je réussit à aquiescer, signe d'accord. Elle se débatit des bras d'Orlando, qui d'ailleurs, a toujours été discret et froid, pendant cette conversation, et m'enlaça avec émotion. Je la serra, même plus fort qu'elle. Ce n'était que dans ses bras, que j'étais à l'aise, rassurée. C'était ma soeur. Je l'amais.
Au bout d'un certain nombre de minutes, elle recula, puis me dit, d'un ton plus décontracté maintenant, comme si ce court instant l'avait soulagée, elle aussi :
« - Ne m'en veut pas, si je n'ai pas la force de te dire comment tu a été mise au monde et comment j'ai su ton existence...J'ai déjà fait au-delà de ce que je pouvait...»
Et à ce moment-là, c'était moi qui alla la reconforter. Je m'avança vers elle, et l'enlaça de nouveau. Cette fois, des larmes coulaient de ses jouent. Je sentais le liquide mouillé de ses joues, descendre sur mon épaule, nue. J'étais prise de pitié. Je n'arrivais pas à supporter de la voir comme ça.
Soudainement, Orlando, pour la première fois, déclara :
« - Mesdemoiselles...Exusez-moi de vous interrompre mais...Je ne peux pas vous laisser dans cet état-là. Je dois vous aider, au plus vite. Si je ne le fait pas, je ne serais pas dans les règles. Votre histoire est plus qu'inhumaine, vous n'avez pas le droit de vivre cela, surtout sans le dire. Suivez-moi, tout de suite! »
Mais on ne l'écoutait pas. Du moins, on ne voulait pas l'écouter. Je restais collée contre elle, le souffle coupé, pleurant moi aussi, maintenant. Ne sachant quoi faire, mais pas assez de force pour continuer à la sentir pleurer, sur moi, je la relâcha. Je me mis à ouvrir la bouche, assez facilement, et essaya de sortir quelques mots sèchement. Mais rien ne sorti. Alors elle pris mon menton entre ses mains, comme pour m'encourager. Ce qui marcha.
« - Je te comprend, tu n'es pas obligée de m'y raconter. Tu es une fille admirable. J'aimerais pouvoir supporter tout ça, avec une facilité telle que la tienne. A partir de maintenant, je sais qui tu es, j'ai vraiment confiance en toi. Et aussi, à partir de maintenant, je te suivrais, n'importe où. C'est ensemble ou rien, on est liées, à présent. Je t'aime, ma soeur. »
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